Confrontations 1994-2004, textes critiques, Antipodes, «Contre-pied», 2005

Dix ans de critiques littéraires. Dix ans de découvertes heureuses et de débats passionnés. …Un choix parmi des articles parus dans la presse ou en revues, en Suisse et en Europe. Leur point commun: l’expérience d’une « confrontation »-faire front, affronter ou monter au front. Partis pris, interventions vives pour certaines, écrites le plus souvent hors demande académique. Confrontations pour se situer dans le différend suscité par toute prise de parole. Dans notre pays mutique, la polémique littéraire se fait décidément trop rare!

Compte-rendu de Confrontations par Sara Arena, Ponts

On en parle…

Les coups de griffes portent moins sur des êtres que sur des questions de taille telles que le besoin de grandeur de l’écrivain ou cette « tendance à se diriger automatiquement vers la lumière de Paris ». Ce trait, voire ce défaut, s’appelle le « lutétiotropisme» en sociologie, que Jérôme Meizoz a étudié.
La critique est aussi un lieu où s’expriment des liens de filiation (Pierre Bourdieu, Maurice Chappaz), de fraternité ou de complicité littéraires (Jean-Marc Lovay, Pierre, Michon.). Et lorsque l’auteur dit ne pas avoir su bien entendre Adrien Pasquali de son vivant, il a cette modestie indispensable à tous ceux qui réagissent à chaud face à une œoeuvre en construction. En somme, la critique est un sport complet de combat, d’endurance, d’agilité que Jérôme Meizoz pratique d’un ton vif et stimulant ».

Elisabeth Vust, 24Heures, 5 décembre 2005.

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La Fabrique des singularités. Postures II Slatkine, «Erudition», 2011.

Parcourant les écrits de Jean-Jacques Rousseau, Jules Vallès, Louis-Ferdinand Céline, C.F. Ramuz, Blaise Cendrars, Vercors et Annie Ernaux, La Fabrique des singularités ajoute un second volet aux Postures littéraires (2007). Le premier volume a ouvert un important terrain de recherches et donné lieu à des colloques, des traductions ainsi qu’à des publications en France, Belgique et au Québec. De nouvelles études de cas enrichissent et précisent les modes
de singularisation des auteurs, en observant le déploiement de leur discours sur la scène littéraire.
Plusieurs biais d’interrogation traversent cet ouvrage, au gré d’articles réunis et de textes inédits : Quels sont les cadres qui régissent l’énonciation littéraire dans la modernité ? Comment les auteurs se singularisent-ils au sein des discours littéraires ? Quel est l’impact de la médiatisation des écrivains sur leurs pratiques et leur rapport aux publics ? De quelle manière le traitement des genres et des styles participe-t-il de la pluralité des postures auctoriales ? En quoi le corps physique des écrivains est-il engagé dans leur présentation de soi ?

Qu’ils le veuillent ou non, les écrivains adoptent tous une posture ; au besoin on les y aide ; quant à ceux qui récusent par avance toute posture, qu’ils n’espèrent pas ainsi se soustraire à son emprise : ce rejet radical est considéré comme la plus stratégique des postures. On n’en sort pas. Les experts en posturologie y veillent. Un dyptique de Jérôme Meizoz en témoigne : Postures littéraires (2007, 206 p.) et La Fabrique des singularités (2011, 282 p.), deux essais publiés à Genève chez Slatkine. L’auteur, professeur de littérature française à l’Université de Lausanne, y étudie les aventures de la posture, de Rousseau à Annie Ernaux ; il est depuis quelques temps rejoint par des chercheurs français, belges, suisses et québécois ; des colloques, des conférences et des publications lui ont été dédiées ; le site Fabula s’en est fait l’écho ; du côté de l’Université de Liège, Contextes, revue électronique de sociologie de la littérature vouée à une approche sociale du littéraire, a consacré sa livraison du début de l’année à «La posture. Genèse, usages et limites d’un concept» ; et du côté de l’université catholique de Louvain, la revue Interférences littéraires vient d’explorer ledit concept par le biais d’une série d’études sur des écrivains-journalistes.”

Pierre Assouline, «Posturologie», Le Monde (des livres), Paris, 19 août 2011.

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Lire demain (avec F. Vallotton, Cl. Clivaz, J. Verheyden), Presses Polytechniques romandes, 2012

Des chercheurs de différents horizons réfléchissent à la transformation en cours des supports scientifiques et de leurs techniques de recherche. Plus généralement, ils envisagent les modes de lecture/écriture émergents, liés à l’évolution de l’internet et aux technologies de lecture digitale. Cet ouvrage propose un tour d’horizon de l’histoire de la lecture et des littératies, c’est- à-dire des diverses formes du « savoir-lire », ainsi qu’une large réflexion épistémologique sur les nouvelles formes de communication savante engendrées par la révolution de la dématérialisation de la lecture. Une version ebook propose une publication élargie, enrichie de différents liens multimédia, regroupant toutes les conférences du premier colloque lausannois sur les Humanités Digitales. Avec la collaboration de Benjamin Bertho.

Sommaire de Lire demain
RETOUR A ETUDES ET ESSAIS

Saintes Colères Dix-sept travaux publics, Genève, D’autre part, 2014.

Au cirque, nous savons que le lion est plus fort que le dompteur. Et le dompteur le sait aussi. Seul le lion ne connait pas sa force. Et le voilà aussitôt dressé! De même pour toutes celles et ceux qui, dans ce pays si calme produisent de leurs mains les richesses accaparées par quelques uns« 

Il y a le romancier, le professeur de littérature. Il y a aussi le citoyen, l’intellectuel agissant et engagé: c’est ainsi que Jérôme Meizoz entrevoit son «être au monde». Il rassemble ici dix-sept plaidoyers pour la tolérance, l’ouverture au monde, contre les dérives identitaires et la morgue des nantis. Ces saintes colères sont une sorte d’Indignez-vous à la sauce helvétique.

Extrait: Grands départs.pdf

Ecoutez… « Le grand entretien », d’Anik Schuin, Espace 2, 14 novembre 2014.

 

RETOUR A ETUDES ET ESSAIS


 

Père et passe, récit, En bas & Le Temps qu’il fait, 2008.

“Le nouvel opus de l’écrivain suisse est entièrement consacré à son père, ou plutôt à la projection de son imminente disparition. […] Ces morceaux d’autobiographie forment une œuvre intimiste qui porte au l’exergue placée au fronton de Père et passe.”

Virginie Mailles Viard, Le Matricule des anges, mai 2008.

 On en parle…

« Toi, tu as de la chance, si les Russes viennent, ils te feront rien !  » Ainsi parlait-on au père dans le village du Valais. On le surnommait  » le rouge « . Mais le père vieillit, son espace de vie s’amenuise, ses pas se font plus lents. Alors le fils écrivain fait ce qu’il sait faire. Ce qu’il a déjà fait d’ailleurs dans Jours rouges, un itinéraire politique, consacré à son grand-père Paul Meizoz, militant syndical et le premier président de commune socialiste du Valais. Jérôme Meizoz reprend donc sa plume, et du  » fil de l’écriture  » rejoint celui qui fut si  » vivant, robuste, affairé « . Le nouvel opus de l’écrivain suisse est entièrement consacré à son père, ou plutôt à la projection de son imminente disparition. Comment l’approcher cette figure paternelle, et la retenir de ce côté-là des vivants ? Les courts récits s’enchaînent, et dans cette  » chambre de papier  » où défilent des moments de vie, peut enfin se poser le souffle autrefois vigoureux.
S’il avance pas à pas, l’écrivain n’en dessine pas moins un portrait sanguin, d’où émane une force animale, «  Je voyais son corps vif, rougi, taché, colossal, ses mains puissantes, son large cotzon de boeuf « . Le père fut un enfant sauvage, rétif à l’enseignement scolaire, un ardent défenseur du bien public, un être mutique qui aimait suivre le fil des saisons à l’aune des arbres fruitiers et réciter des poèmes les soirs de banquet. Mais une succession de décès, évoqués en filigrane au cours des récits, se chargera de briser de l’intérieur celui qui fut  » un boxeur. Je le sais. Pourtant jamais de gants, de ring, d’adversaire visible (…). Il pourrait vous écraser d’un coup. «  L’adversaire invisible, c’est la mort qui frappe à tout va, qui enlèvera un frère, la mère Nanette, un grand-père. L’appartement familial autrefois ouvert à tout vent, se ferme, les rideaux se baissent, la télévision ne s’éteint plus. Par le choix du fragment, des ellipses temporelles, de la retranscription de ses rêves, Meizoz ouvre l’espace confiné dans lequel s’enferme petit à petit le vieil homme, – «  Une horloge sans ressort, un grand fauve éteint «  – et chaque récit est un coup porté au huis clos de la vieillesse.
Le narrateur suit le rythme naturel, syncopé des souvenirs : «  Préférer les éclats d’une constellation à un récit de fausse cohérence « . Il offre une image parcellisée des instants, qui ne connaît aucune chronologie, ni linéarité. Chaque texte se suffit à lui-même et participe au tout. Il procède par touches successives, y dépose ses mémoires : visions de l’enfant qu’il fut, ou de l’homme qu’il est devenu. Des instantanés d’enfance, des souvenirs salés de vacances à la mer, des portraits  » en gloire «  du père les bras chargés de fruits,  » souriant comme un gosse sous son chapeau de paille « , ou qui, mallette en cuir sous le bras, part mener son combat socialiste, guidé par sa «  Révolte de voir « les gros bouffer tout le gâteau » « . Le patriarche est pris dans les raies d’une écriture poétique et cinématographique qui lutte contre l’oubli, «  Je le vois, pâle déjà, tituber vers sa ligne d’horizon, et je n’ai que ces mots pour lui faire bonne escorte. «  Le narrateur se confronte pour la première fois peut-être dans Père et passe à un deuil  » programmé « . Au-delà du récit mémoriel des précédents ouvrages, – comme Morts ou vif – il livre un hymne à la vie.
Des essais sur Jean-Jacques Rousseau en Gueux philosophe, sur Maurice Chappaz, Jean-Marc Lovay, ou Ramuz – aux écrits de prose poétique où se dessine l’histoire de sa famille, Jérôme Meizoz jette des bouts de lui-même. Ces morceaux d’autobiographie forment une oeuvre intimiste, qui porte haut l’exergue placé au fronton de Père et passe :  » Chaque homme porte la forme entière de l’humaine condition.  » (Montaigne) »

Virginie Mailles Viard, Le Matricule des anges (France), no. 92, mai 2008, p. 31.

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